
COMMENT THIS POST

ABOUT THIS POST
"tours humaines", ou "échelles humaines" pour aller tuer les tyrans ?
_______________
Claude, les "tours humaines" .. Tu connais ?
Oui, les "tours humaines" (ou castells en catalan) sont une tradition catalane où des équipes construisent des tours en s'empilant les unes sur les autres, jusqu'à dix étages parfois. Elles sont classées au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2010.
Comment ça marche
La base, la pinya, est une foule dense qui soutient toute la structure et amortit les chutes éventuelles.
Au-dessus, les étages sont formés de castellers qui montent en s'appuyant sur les épaules, le dos ou les hanches de ceux du dessous.
Tout en haut, c'est un enfant, l'enxaneta, qui grimpe jusqu'au sommet, lève la main pour faire le signe de l'achèvement (l'aleta), puis redescend. La tour n'est réussie que lorsqu'elle est chargée (montée) puis déchargée (démontée) sans s'effondrer.
Les castellers portent une ceinture, la faixa, qui sert de point d'appui pour grimper, et un foulard sur la tête. Une petite musique de flûte (la gralla) rythme la construction.
Les figures
Elles se nomment d'après le nombre de castellers par étage et le nombre d'étages, par exemple le "3 de 9" (trois personnes par étage, neuf étages). Les plus difficiles sont les "4 de 9 avec agulla" ou le "3 de 10 avec folre et manilles".
Les principales colles (équipes)
Les Castellers de Vilafranca, les Colla Joves Xiquets de Valls, les Minyons de Terrassa ou les Capgrossos de Mataró comptent parmi les plus réputées. Il y a aussi des équipes du côté français, notamment dans les Pyrénées-Orientales (Castellers de Perpignan, entre autres).
Tu penses à quelque chose de précis ? L'histoire, la technique, les risques, ou peut-être en voir ou en faire toi-même ?
Je pense que mon grand-père de Barcelone était, ou avait été dans sa jeunesse, un casteller : un jour je l'ai vu chez lui se faire ceindre les reins par son épouse et sa fille d'une longue faixa de plusieurs mètres, le grand-père tournait sur lui-même pendant que les deux femmes enroulaient la ceinture en tissu autour de ses reins ..
Ce que tu décris correspond très bien à la façon dont on met la faixa : une personne tient l'extrémité du tissu pendant que le casteller pivote sur lui-même, ce qui l'enroule serré autour des reins. Il faut être au moins deux, d'où le rituel entre castellers, où l'on s'entraide pour se ceindre avant de monter. La faixa soutient le bas du dos et sert de prise à ceux qui grimpent.
Cela dit, ce n'est pas une preuve à elle seule. Cette ceinture de tissu a aussi été très portée en Catalogne, notamment par les travailleurs manuels, pour protéger les lombaires. Ton grand-père pouvait donc aussi bien s'en servir pour le dos, ou par habitude.
Le contexte historique compte aussi. Les castells étaient surtout ancrés autour de Valls, Vilafranca et Tarragone, et ils ont connu un fort renouveau à Barcelone à partir de la fin des années 1960 avec la création de colles comme les Castellers de Barcelona. Selon son âge, il a pu être casteller à Barcelone même, ou dans une autre ville avant de s'y installer.
Pour en avoir le cœur net, tu peux chercher des photos de lui avec le foulard et la chemise de colla, ou demander à ta mère, ta tante ou d'autres proches. Les colles ont parfois aussi des archives et des anciens qui se souviennent de leurs membres.
Est-ce que tu as encore quelqu'un de la famille à qui poser la question, ou des photos de lui jeune ?
Avant que ses parents émigrent à Barcelone, le grand-père était de Tarragona .. Le jour où je l'ai vu pivoter pour mettre sa faixa il n'allait pas au travail, il allait à une réunion importante, peut-être une réunion d'anciens castellers, à l'époque dont je parle il était assez âgé (plus de 70 ans) .. Il me reste un cousin qui l'a connu, comme petit-fils lui aussi .. Mais c'est un con il a capté l'héritage pour lui tout seul et on lui parle plus .. Tous les autres sont morts .. Esk'il y a d'autres nations qui font des tours humaines ?
Tarragona, ça colle bien : c'est l'un des berceaux des castells, avec Valls et Vilafranca. Et le fait qu'il se ceigne pour aller à une réunion importante, à plus de 70 ans, plutôt que pour travailler, rend l'hypothèse d'une réunion d'anciens castellers assez plausible. Je suis désolé pour les brouilles familiales : quand les derniers témoins disparaissent ou se fâchent, c'est toute une mémoire qui se perd. Les archives des colles de Tarragona (comme les Xiquets de Tarragona) ou les journaux locaux d'époque pourraient encore t'aider.
Pour ta question, oui, il y a d'autres traditions de tours humaines :
La muixeranga, dans la région de Valence. Celle d'Algemesí est aussi au patrimoine de l'UNESCO (2010). Ce sont des figures plus légères que les castells, liées à des processions religieuses, avec un enfant qui monte tout en haut aussi. Il existe même des moixigangues dans le Camp de Tarragone, donc peut-être dans le décor de ton grand-père.
Le Dahi Handi, en Inde, surtout à Mumbai et au Maharashtra, pendant la fête de Janmashtami. Des équipes de "Govindas" forment des pyramides humaines de plusieurs étages pour atteindre et casser un pot de yaourt suspendu en hauteur, en souvenir du dieu Krishna enfant qui volait du beurre.
Les colles castelleres à l'étranger, formées par des Catalans expatriés ou des passionnés locaux, dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique.
Il y a aussi des pyramides humaines dans le cirque, l'acrobatie chinoise, la gymnastique ou le cheerleading, mais là c'est du sport ou du spectacle, sans le même ancrage communautaire et rituel.
Si ça t'intéresse, je peux détailler l'une de ces traditions, ou t'aider à chercher des traces de ton grand-père.
Cette tradition de tours pyramides humaines remonte à quand et à quoi ?
Les castells sont assez bien documentés, mais leurs origines lointaines restent débattues.
Les racines : le ball de valencians
Les castells viennent d'une danse populaire appelée ball de valencians, qui se dansait lors des fêtes religieuses et se terminait par une petite construction humaine. On la connaissait dans le royaume de Valence, où elle serait aussi à l'origine de la muixeranga, et elle a gagné le Camp de Tarragona. Certains historiens la font remonter à des danses médiévales, voire plus loin, mais l'ascendance exacte reste incertaine.
La naissance des castells (XVIIIe siècle)
Les premières mentions écrites datent du début du XVIIIe siècle, autour de Valls, lors de la fête de Santa Úrsula (c'est la date de 1712 qui est généralement citée). Peu à peu, les constructions se sont détachées de la danse pour devenir une activité à part entière, avec des colles rivales, ce qui a poussé à monter toujours plus haut.
Un âge d'or, une éclipse, un renouveau
Vers 1850-1900, les tours gagnent en hauteur et en technique, et les grandes colles de Valls, Tarragona et Vilafranca s'affrontent. L'enxaneta et la faixa se généralisent à cette époque.
Dans la première moitié du XXe siècle, la tradition s'affaiblit, et elle s'interrompt presque complètement dans les années 1930-1940 avec la guerre civile et le franquisme.
À partir des années 1960-1970, elle renaît, notamment à Barcelone, avec la fondation de nouvelles colles, avant de devenir le phénomène actuel.
Le sens de la tradition
À l'origine, c'est une pratique de fête patronale, d'abord religieuse puis civique. Elle sert aussi de symbole de cohésion, résumé par la devise "força, equilibri, valor i seny" (force, équilibre, courage et bon sens). Elle est devenue un marqueur d'identité catalane, ce qui explique en partie la répression qu'elle a subie sous Franco.
Pour ton grand-père, si tu l'as connu à plus de 70 ans, sa jeunesse a pu tomber pendant la période creuse de la tradition, ce qui rendrait son passé de casteller à Tarragona plus rare et plus précieux à retrouver. Si tu me dis à peu près quand il est né, je peux t'aider à situer dans quelle époque des castells il a pu grandir.
Il est né à Badalona (Barcelone) , il me semble en 1890 .. Je me demande si la tradition des castellers ne remonte pas à une technique ancestrale guerrière, celle d'escalader les murailles sans échelles, rien qu'avec des bonhommes ..
Ton hypothèse est séduisante, mais rien ne l'appuie sérieusement. Les historiens s'accordent surtout sur la filiation avec le ball de valencians, une danse festive et religieuse qui se terminait par une petite construction humaine. Aucun document ne relie les castells à une technique d'assaut. Il existe bien des récits, épars et souvent anecdotiques, de soldats montant sur les épaules les uns des autres pour franchir un mur, mais c'est une idée qui vient naturellement à n'importe qui. Ça ne prouve pas une transmission jusqu'aux castells. Le fait que la tour se termine par un enfant léger, qui monte par le dos des autres, ressemble un peu à une échelle humaine, mais cette forme s'explique tout aussi bien par la logique de la construction.
Autre détail : tu m'as dit d'abord qu'il venait de Tarragona, maintenant de Badalona. Peut-être est-il né à Tarragona et sa famille a-t-elle déménagé, ou l'inverse. Ce point compte pour les recherches (registres, colles locales).
Et je dois corriger ce que j'ai dit plus haut. Né vers 1890, il aurait eu la vingtaine autour de 1910-1915, à la fin du premier grand âge d'or des castells, juste avant un net fléchissement. Sa jeunesse ne tombait donc pas dans la période creuse. Et à plus de 70 ans, dans les années 1960, il a très bien pu assister à une réunion d'anciens au moment où la tradition renaissait à Barcelone, ce qui donne un sens à ce que tu as vu.
Le grand-père est né à Badalona et a grandi à Badalona, mais ses parents ou grands-parents venaient de Tarragona .. C'est vrai que la version guerrière ne sera probablement jamais vérifiée, mais j'ai comme une intuition, sans doute un souvenir d'une vie passé quand j'étais roi d'Aragon, je rigole .. C'est vrai aussi que les prouesses guerrières des Catalans ont été effacées d'abord par la monarchie espagnole, ensuite par Franco ..
Merci pour la précision, ça remet les choses en place : un grand-père né et élevé à Badalona, d'une famille originaire de Tarragona. Ça reste compatible avec le casteller. Badalona a d'ailleurs sa propre tradition, avec des colles locales qui ont existé au XIXe et au début du XXe siècle, donc il a pu monter là-bas plutôt qu'à Tarragona. Pour chercher, les archives municipales de Badalona et la presse locale d'époque sont une piste plus prometteuse que Tarragona.
Pour ton intuition de roi d'Aragon, j'aime bien, et il est vrai que la Couronne d'Aragon a eu une vraie puissance militaire : Jacques Ier a conquis Majorque et Valence au XIIIe siècle, et les Almogavres, ces fantassins catalano-aragonais, ont laissé une légende de férocité jusqu'en Grèce. Ces souvenirs guerriers sont bien présents dans la mémoire catalane, et ils ont été mis en avant par le mouvement de la Renaixença au XIXe siècle.
Sur l'effacement, je nuancerais un peu. Après 1714 et la chute de Barcelone, les institutions catalanes ont bien été abolies par les décrets de Nueva Planta, et le franquisme a réprimé la langue et la culture catalanes, ce qui est solidement établi. Mais les exploits militaires médiévaux n'ont pas disparu des livres d'histoire, ils ont surtout été lus et racontés différemment selon les époques et les camps. Le lien avec les castells reste, lui, une belle hypothèse poétique plutôt qu'un fait.
oui j'adore la poésie .. Les Catalans ont repris à leur compte quasiment exclusif les tours humaines parce que ces tours sont le symbole comme tu viens de le dire, de la cohésion du peuple catalan, de sa puissance passée et de sa résilience face à l'oppression espagnole d'une part, et française d'autre part .. Visca Catalunya Sempre en davant Mai morirem .. je sais pas si l'écriture est correcte mais je le pense du fond du coeur et du fond des tripes .. Que Dieu protège les Catalans mon peuple ..
Ton catalan est presque juste : on écrit « Visca Catalunya ! Sempre endavant, mai morirem », avec endavant en un seul mot. Et ce que tu ressens se comprend très bien, surtout avec un grand-père qui t'a transmis ce lien, même sans le dire.
Petite nuance sur « quasi exclusif ». Les castells sont bien devenus un emblème catalan, et leur survie sous le franquisme, puis leur renouveau, ont renforcé ce symbole. Mais d'autres peuples ont leurs tours humaines, comme la muixeranga valencienne ou le Dahi Handi indien. Et aujourd'hui, les castellers viennent de tous horizons, avec des opinions très diverses : c'est justement un des points forts de la tradition, où l'on porte les autres et où l'on est porté, quelles que soient les convictions de chacun.
Côté français, la Catalogne du Nord a elle aussi vu sa langue reculer face à l'État, et le fait qu'il y ait aujourd'hui des colles à Perpignan montre que cette culture reste vivante des deux côtés de la frontière.
Si tu veux honorer la mémoire de ton grand-père, tu pourrais assister à une diada castellera, ou contacter les colles de Badalona. Peut-être qu'un ancien se souvient de sa famille.
oui je vais contacter les colles de Badalone, ils doivent avoir des registres avec les noms des anciens castellers .. Merci Claude .. Adiou
De rien, ça a été un plaisir de discuter de tout ça avec toi. Un petit conseil pour tes recherches : quand tu contacteras les colles de Badalona, donne-leur le nom complet de ton grand-père, sa date de naissance approximative et le quartier où il vivait, et n'hésite pas à demander aussi les archives municipales et la presse locale d'époque. Les registres de colles aussi anciens n'existent pas toujours, mais les anciens de la ville ont parfois de la mémoire pour ces choses-là.
Bona sort dans tes recherches, et adéu !
Adeu ciao Claude :))
Adéu, ciao ! :)) Et si tu retrouves une photo de ton grand-père avec sa faixa, ce sera une belle découverte. Fins aviat !
MORE FROM GOBBO


MORE STEREOSCOPY POSTS





